
Vous aviez confié avoir un "faible" pour Mme Royal que vous jugiez "sérieuse" (Le Monde du 23 janvier 2006). Aujourd'hui, vous doutez de sa méthode "participative"....
Elle a été ministre, députée, elle est présidente de région, et elle ne sait pas de quoi souffrent les gens? Mais on ne construit pas la France de l'avenir en faisant le tour des cafés du commerce, en réunissant deux cents à trois cents pékins dans un préau pour leur demander quels sont leurs problèmes. Ces débats participatifs, c'est le contraire de ce que réclament les gens en souffrance, ils veulent des réponses, des solutions.
Envisagez-vous toujours de voter Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection ?
Je vous rappelle que les socialistes ont choisi Ségolène Royal, exclusivement sur la foi des sondages. Ce n'était pas mon choix : tu ne passes pas de journaliste à La Montagne à directeur de la rédaction du Monde. Ça ne remet pas en cause son intelligence, sa bonne foi, mais il y a des responsabilités qui ne s'improvisent pas. Pour être le premier des français, il faut avoir accompli un autre parcours. Quant aux intentions que l'on me prête de soutenir Nicolas Sarkozy, je dois vous dire que je me prononcerai à la mi-mars.
Pourquoi ce délai ?
D'ici là, je souhaiterais que Ségolène ait apporté des réponses aux questions que son programme soulève. D'autre part, j'aurai pris connaissance de la position qu'aura choisi Jean-Louis Borloo qui, en dehors d'être mon ami, a les deux caractéristiques qui sont essentielles à mes yeux : il est populaire et compétent. Jamais avant lui personne n'avait réussi à réaliser un programme de logements sociaux, comme il l'a fait ces dernières années. Et si je devais voter Nicolas Sarkozy, je le ferais sans états d'âme; je vous rappelle qu'en juin 2006 quand Jean-Michel Baylet, Président du PRG, avec un sondage Sofres flatteur en main, m'a demandé d'être candidat à l'élection présidentielle, j'ai refusé car je considérais qu'il y avait un risque d'empêcher, pour la deuxième fois consécutive, un débat droite-gauche dont la France a besoin. Mais j'ai le devoir, à l'égard des 2,5 millions de personnes qui m'ont fait confiance lors des élections européennes [sa liste avait obtenu 12,03% des voix en 1994], de leur dire sincèrement la position que j'adopterai au second tour, et les arguments qui la justifieront.
Propos recueillis par Gérard Davet et Piotr Smolar, Lemonde.fr
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